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14-18 : l'Ain dans la Grande Guerre

Il y a cent ans, la 1ère guerre éclatait. Dans l’Ain, rien qu’en 1914, 2 120 hommes y laisseront la vie. Que reste t-il de cette Grande Guerre ? Des récits, des monuments, des objets… Un héritage commun que les descendants de ces combattants, et les historiens exhument inlassablement.

Vidéo – Henri et François Chavent : nourris de la Grande Guerre

Henri et François Chavent sont les derniers vivants d’une fratrie de cinq enfants.

Agés respectivement de 79 et 73 ans, ils n’ont bien entendu pas vécu la guerre de 14-18.

Pour autant, ils en sont tous les deux profondément imprégnés (voir vidéo ci-dessous).

Parce que leur père, Paul Chavent, jeune homme fromager de Montmerle-sur-Saône, l’a traversée de bout en bout.

Parce qu’il leur a laissé en héritage plus de 300 lettres extrêmement détaillées, intégralement reproduites dans les feuilleteurs de ce dossier multimédias et des heures de récit.

« Après la mort de notre mère, en 1967, il venait chaque midi déjeuner à la maison. Et après chaque repas, il nous a parlé de cette guerre », se rappelle son fils François. 20 ans de récit.

Un témoignage rare du quotidien d’un Poilu dans la Grande Guerre.

Tout y passe : des premiers entraînements au Camp du Valdahon dans le Doubs à la bataille de Verdun et au front d’Orient…

 

Des courriers quotidiens

Paul Chavent décrit dans ses courriers quasi-quotidiens, sa vie de « simple soldat de 1er classe » qu’il a choisi d’être, par solidarité avec ses frères d’arme : « Il avait l’instruction, l’autorité naturelle, et l’intelligence pour faire un sous-officier et même un officier. Dès le départ de son incorporation, il refusa même d’envisager de l’avancement, préféra rester soldat et obtint assez vite par son obéissance et son sens du devoir, la distinction de soldat de première classe », analyse son fils Henri.

Si les lettres se veulent rassurantes, elles n’éludent rien des tracas des combattants. C’est en ce sens, et par la qualité du propos qu’elles sont précieuses.

 

Au  407° RI, courant 1915 ou début 1916. Il est le premier à droite.

Au 407° RI, courant 1915 ou début 1916. Il est le premier à droite.

 

 

Comme un roman

Paul Chavent y décrit tout : la nourriture, le vin, les copains, le fracas des combats, les moments de fraternisation avec « les amis fritz » et les « camarades les boches », qu’il tiendra toujours en grand respect, conscient de leur communauté de souffrance.

La guerre, c’est aussi les blessures, comme cette grenade qui lui entamera la cuisse et cet obus tiré par l’artillerie française, dont un éclat lui traversera le crane à Verdun… « Je suis mort à Verdun » dira d’ailleurs ce miraculé à ses enfants.

Parce qu’il y eu pour lui un avant et un après cette invraisemblable boucherie. Paul Chavent décrit « les jours d’enfer » de Verdun, « ou les boyaux n’existent plus » et les Poilus sont contraints « à des pas de gymnastique permanents à travers un terrain complètement retourné par les obus qui maintenant, ne peuvent plus creuser de trous et de ne font que de changer perpétuellement la terre de place. »

 

Un patriote avisé

 

On trouve aussi dans cette correspondance quantité d’informations sur les hôpitaux.

On ressent ses turpitudes quand il évoque le manque des êtres chers, le froid, les rats, les l’Orient lointain.

On se réjouit pour lui quand il apprend enfin la signature de l’armistice, tant attendue. On trépigne en découvrant sa longue attente avant de pouvoir retrouver ses « bien chers parents » et sa petite sœur adorée, Hortense, qui décèdera peu après la guerre de la grippe Espagnole.

Une correspondance si riche, si régulière, si sincère qu’on la croirait extraite d’un roman.

Une expérience qui forgera un caractère de fer et un citoyen avisé.

Engagé dans la résistance lors de la seconde guerre mondiale, Paul Chavent concentrera ses efforts sur le renseignement, en adressant des informations en Angleterre par le biais de pigeons voyageurs.

 

Pou la qualité des renseignements fournis pendant la seconde guerre mondiale, Paul Chavent a été officiellement remercié par le gouvernement britannique.

Pou la qualité des renseignements fournis pendant la seconde guerre mondiale, Paul Chavent a été officiellement remercié par le gouvernement britannique.

« Il avait compris que pour gagner une guerre, il ne suffisait pas d’aller au combat et que la capacité à fournir des renseignements était primordiale », résume Henri.

De cet exemple paternel, de ces longs récits détaillés, Paul, François et désormais leurs enfants sont pour une part le produit.

« Il s’exprimait à la façon d’un sage… Il nous a transmis des valeurs qui sont très viscéralement inscrites en nous. Notre père était un homme profondément respecté et respectable. Il aura été un père qui nous a plus appris par ce qu’il était que par ce qu’il disait », s’émeuvent les deux frères.

Un père dont ils se disent « profondément fiers » et un héritage qu’ils souhaiteraient pouvoir à leur tour transmettre au plus grand nombre.

 

Etienne Grosjean