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11 novembre 1943 : défilé historique à Oyonnax

Ce dossier multimédia a été initié à l’occasion du 70e anniversaire de l’emblématique défilé des maquisards à Oyonnax, le 11 novembre 1943. Véritable coup d’éclat, cet événement restera comme l’un des plus emblématiques de la Résistance dans l’Ain et le le Haut-Jura.

Portrait – Marcel Lugand, le maquisard

par Corinne Garay

 

Marcel Lugand est le dernier survivant du défilé du 11 novembre 1943 à Oyonnax. Aujourd’hui, il a 90 ans. Quand il avait rejoint le maquis en septembre 1943… Il n’avait pas tout à fait 20 ans.

 

 

Marcel Lugand

Marcel Lugand participera aux actions hardies
du camp Verduraz

« À cette époque, les gens ne partaient plus pour le STO service du travail obligatoire, par tranche de classes, ils étaient rappelés selon les besoins des Allemands. Les Allemands avaient assez de monde pour travailler et lorsqu’ils avaient des besoins, ils tapaient un peu partout. Je n’étais pas sûr de rester chez moi, parce que j’étais apprenti cordonnier à Chézery et que j’aurais pu finir dans une usine en Tchécoslovaquie comme j’aurais pu aller travailler sur le mur de l’Atlantique…  »  Marcel Lugand approche le maquis grâce à un gars de Chézery, un dénommé Prost, fromager à Montgriffon, qui sera abattu par les Allemands en février 1944 . « Il faisait le sergent recruteur … Tout est parti de là : les maquis sont montés à Montgriffon, la ferme de la Montagne, Corlier… Un jour, il nous a dit : s’il y a quelque chose qui ne va pas, vous partez. Vous allez à Montgriffon, vous serez récupérés. C’est comme cela que je suis parti à la fin septembre sans bien savoir où l’on allait vraiment, avec Bonardi, un autre jeune de Chézery. À Montgriffon, on a atterri à la fromagerie… C’est comme cela que l’on a atterri à Bassan sur la commune de Cerdon, en dessous de l’Avocat. Là, nous étions bien placés pour aller d’un côté ou de l’autre. »

La vie au Maquis fut rude et les changements de localisation fréquents. Les premiers temps dans le maquis. Démiat, le maraîcher d’Ambérieu leur donnait des carottes. « Ce n’était pas facile de nourrir un camp de 50 bonhommes en pleine force de l’âge. Quand on a commencé à arracher des pommes de terre, on a commencé à aller mieux. » Et Marcel de se souvenir d’une anecdote : « Avec Alexandre Chappaz, un autre gars du pays de Gex, on est allé ramasser des pommes de terre à Corlier chez le père Turc, boucher, qui sera fusillé en février 1944. Quand on est arrivé, il nous dit : si vous n’avez pas cassé la croûte, je vous ai préparé quelque chose : c’était des pieds de veaux, il y en avait une assiette énorme à la moutarde. On a bouffé tous les pieds de veaux, il n’en revenait pas le pauvre père Turc !  »

« Dans les maquis, il y en avait qui venaient pour se planquer, d’autres pour se battre et d’autres pour bouffer !  »

La faim et le froid aussi. Marcel Lugand se souvient avec violence. « J’ai dormi n’importe où. En février 1944, j’ai dormi dans un mètre de neige, on avait fait une sorte d’Igloo avec des branchages de sapins. » Marcel Lugand participera aux actions hardies du camp Verduraz. Ce camp avait été monté par Jean Vaudan de son vrai nom. Le trentenaire était chef d’entreprise du côté de Chaponost dans le Rhône. Il y faisait des alliages de fusibles et des pièces électriques. « Il était venu parce qu’il avait été réquisitionné pour partir en Autriche. Il est venu rejoindre Romans-Petit à Montgriffon. » « Le camp était particulier, parce qu’il était prompt à aller n’importe où, dès lors que Romans-Petit le demandait. Dans le camp, il y avait beaucoup de gars de St-Rambert. C’était un camp qui n’a jamais été débordé par le nombre. Certains venaient mais ne restaient pas. Nous étions logés à la ferme de Bassan, c’était confortable. La ferme était assez isolée pour être peu repérée. On était à l’abri. Après Bassan, ce n’était pas pareil. Bien des fois on était dans les bois, ou sous la neige… Quelquefois j’ai cru que je ne reverrais pas Chézery !  »